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Edito de Catherine Quérard | Alerte tourisme !

La France reste la première destination touristique mondiale. Pourtant, sur le terrain, les professionnels n’ont jamais eu le sentiment d’être aussi fragilisés.

Derrière les chiffres de fréquentation parfois encourageants, une réalité beaucoup plus préoccupante s’installe : celle d’entreprises qui travaillent toujours plus pour gagner toujours moins. Depuis plusieurs mois, partout en France, les professionnels de l’hôtellerie, de la restauration, les cafetiers, les traiteurs organisateurs de réceptions et les discothécaires nous alertent.

J’ai eu l’occasion ce mardi 19 mai de porter ce constat devant la mission d’information parlementaire consacrée aux freins au développement de l’économie du tourisme. La veille, en Corse, au contact des chefs d’entreprise, des saisonniers, des hôteliers, des restaurateurs et des acteurs locaux, j’ai pu mesurer à quel point cette inquiétude est désormais générale.

Ce qui m’a frappée lors de ce déplacement, c’est le décalage croissant entre le potentiel extraordinaire de nos territoires et les difficultés concrètes auxquelles sont confrontés ceux qui les font vivre au quotidien.

Nos entreprises subissent une explosion continue des charges : énergie, matières premières, assurances, fiscalité, masse salariale. Dans le même temps, les contraintes administratives et normatives s’accumulent, souvent sans cohérence économique ni prise en compte des réalités du terrain. Trop souvent encore, ceux qui décident des règles ignorent les conséquences concrètes qu’elles produisent sur les TPE et PME du tourisme.

Le constat est d’autant plus préoccupant que notre secteur fait face à une concurrence profondément déséquilibrée. Les hôtels, cafés et restaurants respectent des obligations sociales, fiscales, sanitaires et sécuritaires toujours plus lourdes, pendant qu’une partie de l’économie para-touristique continue de se développer avec beaucoup moins de contraintes. Cette absence d’équité fragilise nos entreprises, nos emplois et, à terme, la qualité même de l’offre touristique française.

En Corse, ces difficultés prennent une dimension encore plus forte : coût du transport aérien, difficultés de logement des salariés, concurrence des meublés touristiques, multiplication des contraintes locales, tensions sur l’accès et les usages du territoire… Pourtant, l’île possède un potentiel touristique exceptionnel, encore sous-exploité faute d’une véritable stratégie économique et d’investissements adaptés.

La France traite encore trop souvent le tourisme comme un sujet secondaire alors qu’il représente l’une des premières industries du pays. Le tourisme ne peut plus être considéré comme une simple activité d’agrément. Il constitue un pilier économique majeur : des centaines de milliers d’entreprises, près d’un million de salariés, des emplois non délocalisables et une contribution essentielle à l’attractivité de nos territoires.

Et pourtant, la France dispose de tous les atouts pour rester non seulement la première destination mondiale en nombre de visiteurs, mais aussi devenir la première en termes de recettes grâce au professionnalisme de ses hôteliers, restaurateurs.

Cela suppose des décisions concrètes :

  • Libérer l’emploi afin de faire face à la pénurie de main d’œuvre qualifiée en autorisant par exemple le recours à des auto-entrepreneurs sur les métiers reconnus en tension ;
  • Soutenir l’apprentissage et la formation en garantissant aux entreprises le maintien en l’état des dispositifs financiers d’accompagnement ; 
  • Traiter enfin la question du logement des travailleurs et notamment des saisonniers en autorisant et même en incitant les entreprises à agir (plutôt que de les en dissuader) par l’installation de structures temporaires par exemple ; 
  • Garantir une véritable équité entre tous les acteurs de l’hébergement et de la restauration en exigeant notamment la détention d’une licence lors de toute vente d’alcool et le respect de la réglementation inhérente ;
  • Stopper l’inflation normative ;
  • Offrir enfin de la stabilité fiscale et réglementaire aux entreprises.

Les professionnels ne demandent ni privilège ni assistance permanente. Ils demandent simplement de pouvoir travailler, investir, recruter et transmettre dans des conditions économiquement viables.

Le GHR continuera à porter cette parole avec détermination, partout sur le territoire et auprès des pouvoirs publics. Parce que derrière chaque établissement, il y a un entrepreneur, des salariés, un savoir-faire, un territoire et une certaine idée de l’art de vivre à la française qu’il est urgent de préserver.

Il est temps que notre pays cesse d’opposer tourisme, emploi, attractivité et développement des territoires. Nos entreprises ne sont pas le problème : elles font partie de la solution.

Catherine Quérard,
Présidente GHR

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