Le 5 mai 2026, Assemblée nationale a accueilli une table ronde organisée dans le cadre de la commission des affaires économiques, consacrée à la mission d’information sur « l’avenir des commerces de proximité ».
À cette occasion, Catherine Quérard, notre présidente et Franck Trouet, notre délégué général ont porté la voix du Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France, en présentant leur analyse du secteur et leurs propositions.
Un secteur clé de l’économie française
Le secteur des cafés, hôtels et restaurants (CHR) constitue un pilier de l’économie nationale. Il représente aujourd’hui :
- Environ 200 000 établissements
- Près de 1 million de salariés
- Un chiffre d’affaires global estimé entre 120 et 130 milliards d’euros
À la fois premier employeur privé, non délocalisable et acteur central de la vie locale, il joue un rôle structurant dans les territoires.
Le GHR, pour sa part, fédère 12 000 établissements, représentant plus de 180 000 salariés et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Un secteur en croissance… mais sous tension
Malgré une croissance globale observée ces dix dernières années, le secteur a traversé de multiples crises (attentats, Covid-19, inflation) et connaît aujourd’hui de fortes tensions.
Parmi les principales évolutions :
- Transformation des modèles : digitalisation, livraison, essor du snacking
- Explosion des coûts :
- Énergie : +50 % à +200 %
- Produits alimentaires : +15 à +25 %
- Masse salariale : +20 %
- Marges très faibles : entre 2 et 5 % du chiffre d’affaires
Cette situation crée un effet ciseau critique, entraînant une hausse des défaillances :
9 434 entreprises en 2025, et déjà 2 100 au premier trimestre 2026.
Une fracture territoriale qui s’accentue
Le GHR alerte sur une concentration croissante de l’activité :
- Dynamisme fort dans les métropoles, zones touristiques et littorales
- Fragilisation des zones rurales et des villes moyennes
Dans ces territoires, les constats sont préoccupants :
- Fermetures d’établissements
- Difficultés de reprise
- Rentabilité fragile malgré un rôle social essentiel
➡️ Un risque réel de fracture commerciale territoriale.
Les CHR : locomotives des centres-villes
Les cafés, hôtels et restaurants jouent un rôle structurant dans les centres-villes :
- Génération de flux
- Allongement du temps de présence
- Effet d’entraînement sur les autres commerces
Ils participent pleinement à un écosystème commercial équilibré, en complémentarité avec les autres activités.
L’essor rapide de la restauration rapide
Le GHR confirme une forte croissance de la restauration rapide :
- +6 à +9 % par an
- 2 établissements sur 5 aujourd’hui
Ce développement repose sur plusieurs facteurs :
- Évolution des modes de vie (repas rapides, mobilité, télétravail)
- Demande des jeunes générations
- Digitalisation et explosion de la livraison
➡️ Un modèle devenu hybride : physique + digital + livraison.
Centres-villes : des freins structurels majeurs
Plusieurs obstacles freinent aujourd’hui le développement des CHR :
1. Explosion des coûts
- Loyers commerciaux en forte hausse
- Le GHR plaide pour une réforme de la méthode hôtelière
2. Difficultés de recrutement
- 200 000 emplois vacants chaque année
3. Instabilité réglementaire
- Complexité croissante (terrasses, normes, travail le 1er mai, etc.)
- Insécurité juridique pour les exploitants
4. Impact des meublés de tourisme
Le développement des locations type Airbnb entraîne :
- Disparition de logements résidentiels
- Transformation des quartiers
- Dévitalisation du commerce de proximité
➡️ Passage d’un commerce « de vie » à un commerce « touristique ».
Périphéries : un dynamisme au détriment des centres
Les zones commerciales périphériques connaissent une forte attractivité :
- Accessibilité facilitée (parking, voiture)
- Modèles standardisés
- Présence d’enseignes nationales
➡️ Une concurrence directe avec les centres-villes.
Plateformes de livraison : un modèle à encadrer
Le bilan des plateformes comme Deliveroo ou Uber Eats est contrasté :
Points positifs :
- Chiffre d’affaires complémentaire
- Visibilité accrue
Points négatifs :
- Commissions élevées (jusqu’à 30 %)
- Dépendance économique
- Distorsion de concurrence
➡️ Le GHR appelle à un meilleur encadrement.
Des politiques publiques utiles mais insuffisantes
Les programmes nationaux (Action cœur de ville, Petites villes de demain…) sont salués pour leur impact positif.
Cependant, le GHR souligne :
- Une dimension commerce encore insuffisante
- Un besoin de mesures ciblées pour les CHR
- Une nécessité de simplification administrative
Les propositions du GHR
Face à ces enjeux, le GHR formule trois priorités majeures :
1. Stabilité fiscale
- Pas de nouvelles réformes de la taxe de séjour
2. Défense de la restauration
- Réformer l’usage du titre restaurant
- Refuser l’extension des mesures Egalim à la restauration commerciale
3. Soutien à l’emploi et à la formation
- Développer l’apprentissage
- Assouplir les formes d’emploi
Un enjeu majeur pour les territoires
À travers cette audition, le GHR rappelle que les CHR sont indissociables de la vitalité des territoires.
Préserver ce secteur, c’est garantir :
- Une économie locale dynamique
- Une vie sociale active
- Un équilibre commercial durable